Gaza : le télétravail brisé par la guerre

Avant la récente guerre génocidaire, le travail à distance offrait à des milliers de jeunes Gazaouis un lien essentiel avec le reste du monde, constituant une source de revenus alternative dans une économie étouffée depuis des années par le blocus et l’instabilité. Pour beaucoup, il ne s’agissait pas d’un simple confort, mais d’une bouée de sauvetage. Diplômés et travailleurs qualifiés parvenaient ainsi à subvenir à leurs besoins malgré la rareté des opportunités locales. L’escalade de la violence, les coupures prolongées d’électricité et les perturbations d’internet ont toutefois paralysé cette activité, plongeant d’innombrables travailleurs indépendants dans la précarité financière et la détresse psychologique.

De jeunes professionnels dans les domaines du graphisme, de la programmation, de la traduction, de l’enseignement en ligne ou encore du commerce électronique dépendaient des plateformes numériques pour accéder à des clients internationaux. La destruction des infrastructures et l’instabilité des connexions ont entraîné des retards, des contrats annulés et des revenus réduits à néant. Pour Khalil Eid, graphiste, les premiers jours des bombardements ont transformé son quotidien en épreuve insurmontable. « Les coupures d’internet rendaient impossible le respect des délais », confie-t-il. « J’ai tenté de travailler depuis des cafés disposant d’une connexion, mais cela ne suffisait pas. Du jour au lendemain, j’ai perdu tous mes clients et mes revenus. » De son côté, Ruaa Ayesh, qui dispensait des cours en ligne pour soutenir sa famille de six personnes, raconte comment son activité s’est effondrée lorsque ses élèves étrangers n’ont plus pu se connecter en toute sécurité.

Des économistes estiment que l’effondrement du secteur numérique à Gaza illustre une catastrophe économique plus vaste. Les espaces publics et petites entreprises qui facilitaient le télétravail — en fournissant électricité, internet et équipements informatiques — ont été détruits ou abandonnés en raison des déplacements massifs. Le taux de chômage dépasse désormais 80 %, et une large part de la jeunesse active a perdu toute source de revenu. « Le déclin du travail à distance reflète l’effondrement général de l’économie », explique Samir Abu Madlala. « À mesure que l’économie se contracte, la demande de services numériques disparaît, frappant en premier lieu ceux qui s’étaient adaptés au travail en ligne. »

La disparition de ces passerelles numériques met en lumière l’ampleur et la profondeur de l’impact de la guerre sur les moyens de subsistance, l’éducation et la vie quotidienne des habitants de Gaza.

Source : Safa News