Rafah : l’attente comme arme contre la vie

À Rafah, le temps lui-même est devenu un instrument de pression. Des patients, des personnes âgées et des enfants patientent dans des salles hermétiquement fermées, où chaque retard peut décider si une vie se prolonge ou s’éteint dans le silence. Le processus est marqué par des inspections répétées, des autorisations qui n’arrivent jamais et une incertitude prolongée, le tout dans un contexte façonné par une guerre génocidaire qui a transformé le déplacement pour soins médicaux en une question de hasard plutôt que de droit.

Un passage limité par le point de Rafah a repris plus tôt cette semaine, mais les chiffres traduisent un système qui fonctionne de manière sporadique et sans cohérence. De faibles contingents ont été autorisés à sortir ou à revenir sur plusieurs jours successifs, tandis que d’autres ont été refoulés après des heures d’attente. Seuls les habitants de Gaza ayant quitté le territoire après le début de la guerre génocidaire, et répondant à des critères strictement définis, étaient considérés comme éligibles au passage. Il en résulte un accès imprévisible, où certains patients sont autorisés à franchir la frontière tandis que d’autres, dans un état tout aussi critique, se voient refuser le passage sans la moindre explication.

Les témoignages de ceux qui ont réussi à passer font état d’épuisement, de faim et de douleurs non traitées. Des personnes gravement malades racontent avoir attendu des autorisations sans nourriture ni médicaments, conscientes que leur état se dégradait d’heure en heure. Des accompagnateurs de blessés rapportent avoir vu des cas sévères se voir refuser le droit de voyager, malgré l’absence de toute alternative au sein d’un système de santé à Gaza en plein effondrement. L’effet cumulé, disent-ils, ne se limite pas à la souffrance physique, mais instille le sentiment que l’espoir lui-même est méthodiquement érodé.

Les responsables de la santé alertent sur le fait que ces pratiques exposent des milliers de personnes à un danger imminent et constituent une violation grave des normes juridiques et humanitaires fondamentales. Restreindre l’accès à des soins vitaux tout en maintenant un contrôle strict du point de passage revient, selon eux, à transformer Rafah en un lieu où la survie est rationnée. Dans le cadre plus large de la guerre génocidaire, Rafah est devenu le symbole d’un peuple menacé non seulement par la puissance de feu, mais aussi par la privation organisée, la négligence médicale et l’usage calculé de l’attente comme arme.

Source : Safa News