Gaza : creuser pour survivre, mourir sous la terre

Dans des quartiers où les robinets sont à sec depuis des mois, la terre elle-même est devenue l’ultime recours. À travers Gaza, l’effondrement des systèmes d’eau et d’assainissement sous l’effet de la guerre génocidaire a contraint des familles à creuser leurs propres lignes de survie. Des puits artisanaux et des fosses improvisées percent désormais les rues et les cours d’habitation, fruits de la nécessité plus que du choix. Ils promettent un soulagement, mais exposent à un danger permanent, alors que les habitants prennent le risque de sols instables et d’émanations toxiques en l’absence d’infrastructures fonctionnelles.

Au nord de la ville, près d’une station de pompage réduite au silence, une tentative a viré au drame. Un jeune homme qui participait au creusement d’un puits étroit a chuté dans la cavité. Les parois se sont effondrées. À la surface, les proches attendaient, paralysés par l’angoisse, tandis que la terre était retirée seau après seau, dans l’espoir d’un signe de vie. Lorsque les secours ont finalement atteint le fond, la scène était insoutenable. Cette tragédie est devenue le symbole d’un quotidien où les gestes ordinaires de survie peuvent se transformer en pièges mortels à cause de la destruction des services essentiels.

Ces décès ne sont pas des cas isolés. Les équipes d’urgence décrivent un schéma récurrent : effondrements de puits non renforcés, asphyxies dans des espaces confinés, exposition à des gaz qui privent d’oxygène en quelques secondes. Avec les stations d’épuration détruites et des centaines de kilomètres de canalisations hors d’usage, les eaux usées s’infiltrent dans les zones habitées et contaminent les nappes phréatiques. Le coût environnemental s’ajoute au drame humain, faisant craindre des épidémies dans l’un des territoires les plus densément peuplés au monde. Ce qui devrait relever d’un service public élémentaire est devenu un risque individuel, transféré à ceux qui ont le moins de moyens pour y faire face.

Les responsables municipaux avertissent que le recours à ces puits et fosses de fortune est un acte de désespoir. Les pompes sont hors service, les réseaux déchirés, les réparations impossibles faute de matériaux et de carburant. Dans ce vide, les solutions individuelles se multiplient, chacune porteuse d’un possible effondrement, d’une contamination ou d’une chute fatale. Sans restauration urgente des capacités d’approvisionnement en eau et d’assainissement, la violence lente de la privation continuera de faucher des vies bien après que les bombes se seront tues, inscrivant les conséquences de la guerre génocidaire jusque dans la terre même de Gaza.

Source : Safa News