Gaza rêvée sans ses habitants

Une vision de l’avenir de Gaza a été dévoilée cette semaine, non pas par ses habitants, mais depuis une scène internationale où la dévastation a été présentée comme une opportunité. Le projet imagine la bande côtière, ravagée par une guerre génocidaire prolongée, transformée en front de mer étincelant fait de tours, de promenades et de logements de luxe. Présenté comme un ambitieux plan de reconstruction, il a surtout suscité une profonde inquiétude chez ceux qui y voient une tentative de redessiner la terre en écartant sa population et sa réalité politique.

Dans un langage avant tout économique, les promoteurs ont décrit Gaza moins comme une société sortant d’une catastrophe que comme un site de développement attractif en attente d’investissement. Des milliards de dollars ont été promis, accompagnés de projections de croissance rapide, de plein emploi et de hausse des revenus. Des esquisses d’immeubles et de boulevards paysagers ont été brandies comme symboles de renouveau, censés remplacer des quartiers réduits en ruines par la guerre génocidaire. Mais aucune réponse claire n’a été apportée sur le retour des familles déplacées, la restitution des habitations ou la capacité des habitants à décider de leur propre avenir.

Le plan repose en outre sur des conditions imposées de l’extérieur, notamment des dispositifs sécuritaires et administratifs conçus hors de Gaza. Ses défenseurs affirment que ces garanties rassureraient les investisseurs et accéléreraient la reconstruction. Les critiques rétorquent qu’un projet économique détaché des droits politiques risque d’enraciner l’injustice, surtout lorsque la reconstruction est évoquée sans responsabilité pour la destruction ni reconnaissance de ceux qui l’ont subie.

Alors que les besoins humanitaires demeurent criants et qu’une grande partie du territoire reste inhabitable, beaucoup lisent cette proposition comme le symptôme d’un schéma récurrent : Gaza est discutée, planifiée et évaluée, tandis que son peuple reste marginalisé dans les décisions concernant sa propre terre. Pour une population sortant d’une guerre génocidaire, les promesses de verre et de béton sonnent creux sans garanties de dignité, d’autodétermination et du droit de reconstruire selon ses propres choix.

Source : Safa News