Détention administrative : l’emprisonnement sans fin

L’expansion brutale de la détention administrative est devenue l’un des traits marquants de la guerre génocidaire en cours, remodelant le paysage carcéral palestinien à une échelle inédite depuis des décennies. Tout au long de l’année 2025, des milliers d’ordres de détention ont été émis ou renouvelés, portant le nombre de Palestiniens détenus sans inculpation ni procès à des niveaux représentant désormais plus d’un tiers de la population carcérale totale. Ce qui était autrefois présenté comme une mesure exceptionnelle s’est progressivement imposé comme un outil de contrôle routinier.

Cette envolée marque une rupture nette avec la période précédant la guerre génocidaire, durant laquelle le nombre de détenus administratifs était bien plus limité. Aujourd’hui, nombre de prisonniers sont confrontés à un emprisonnement à durée indéterminée, leurs ordres étant renouvelés à répétition sur la base de preuves tenues secrètes. Des pans entiers de la société palestinienne sont concernés : étudiants, responsables politiques, élus municipaux et militants, mais aussi femmes et mineurs, parfois âgés de seulement quelques années d’adolescence. La pratique s’est également étendue à la réincarcération immédiate d’anciens prisonniers à l’issue de leur peine, transformant la libération en simple suspension temporaire.

La situation des prisonniers originaires de Gaza suscite une inquiétude particulière. Nombre d’entre eux sont placés sous un statut juridique distinct qui les prive de protections fondamentales et les exclut des garanties prévues par le droit international. Les défenseurs des droits humains dénoncent une combinaison de disparition forcée et de recours à des preuves secrètes, empêchant toute contestation effective de la détention. Les tribunaux s’appuient sur des dossiers inaccessibles aux détenus comme à leurs avocats, vidant la notion même de procédure régulière de son sens.

Le coût humain de ce système ne cesse de s’alourdir. Des décès en détention ont été recensés parmi les prisonniers administratifs, dans un contexte marqué par la négligence médicale et des conditions visant à épuiser les corps et les esprits. À mesure que la guerre génocidaire se prolonge, le système carcéral s’impose non seulement comme un lieu d’enfermement, mais comme un espace central où la punition collective se normalise et où les limites juridiques sont progressivement effacées.

Source : Safa News