Dans le paysage ravagé de Gaza, une crise silencieuse s’installe : la perte de la vue devient l’un des héritages les plus cruels de la guerre génocidaire. Au-delà des morts, une vague de blessures oculaires condamne des milliers de personnes à l’obscurité permanente, faute de soins chirurgicaux spécialisés. Dans des hôpitaux exsangues, le personnel médical travaille avec des stocks épuisés et des moyens de fortune, contraint à des choix impossibles. Selon des organisations de défense des droits humains, au moins 1 700 personnes ont déjà perdu un œil, tandis que près de 5 000 autres risquent une cécité partielle ou totale, leur état s’aggravant chaque jour de retard.
Derrière ces chiffres, des vies sont brisées. Une jeune femme de 28 ans, blessée par des éclats de projectile en octobre dernier, vit avec un fragment de métal logé près du nerf optique. Faute d’équipements adaptés, les chirurgiens ne peuvent intervenir : son œil gauche est définitivement perdu et la vision du droit reste menacée. Son seul espoir réside dans une évacuation médicale, entravée par un blocus étouffant. Un ancien détenu, lui aussi, a quitté la prison totalement aveugle après des mois de sévices, rejoignant la longue liste de ceux qui attendent une autorisation de sortie pour une hypothétique opération salvatrice.
Cette hémorragie de la vue est le symptôme d’un système de santé effondré. Les spécialistes alertent : les traumatismes oculaires représentent désormais une part majeure des blessures, touchant de manière disproportionnée femmes et enfants. La destruction des infrastructures médicales, le blocage des fournitures essentielles — des outils de diagnostic aux implants spécialisés — et la quasi-fermeture des évacuations médicales transforment des pathologies habituellement traitables en handicaps à vie. Alors qu’environ 2 400 personnes attendent des interventions urgentes et inaccessibles, les médecins avertissent que Gaza est en train de produire une génération privée de la vue, témoignage durable de l’ampleur de la souffrance infligée à sa population.
Source : Safa News