Gaza : survivre après tout perdre

Pour Najwa Abu Atiwi, habitante du camp de réfugiés de Nuseirat, au centre de Gaza, une seule frappe a bouleversé toute une vie. Ce qui avait commencé comme une journée ordinaire s’est transformé en drame, la laissant extraite des décombres de sa maison, d’abord présumée morte. Elle a repris connaissance alors qu’elle était déjà préparée pour l’enterrement, découvrant qu’elle avait perdu un œil et subi de graves blessures au visage. Mais la blessure la plus profonde reste la perte de sa jeune fille, Hajar, dont l’absence marque désormais chaque instant de son quotidien.

Avant l’intensification de la guerre, Najwa vivait pour ses enfants et son travail dans un petit salon de beauté. Ce monde s’est effondré en un instant lorsque sa maison a été bombardée, tuant plusieurs membres de sa famille. Gravement blessée, elle a été transportée à l’hôpital dans un état critique, où les médecins doutaient de sa survie. Aujourd’hui encore, ses blessures compliquent les gestes les plus simples : se nourrir, se déplacer, retrouver une routine devenue étrangère.

Les épreuves les plus douloureuses se jouent pourtant au sein de sa propre famille. Ses enfants, encore très jeunes, ne l’ont pas reconnue au début. Leur réaction — entre peur, confusion et silence — continue de marquer son chemin vers la reconstruction. Pour les rassurer, elle leur montre des photos d’avant, tentant de combler l’écart entre ce qu’elle était et ce qu’elle est devenue. Leurs questions, simples mais lourdes de sens, restent souvent sans réponse.

Le traumatisme psychologique s’ajoute aux blessures physiques. Najwa décrit une transformation profonde, passant d’une vie sociale active à un isolement marqué par l’angoisse. Les soins et les traitements font désormais partie de son quotidien, mais elle puise sa force dans ses enfants, qui lui offrent des moments de stabilité. Malgré tout, elle continue d’espérer : retourner travailler un jour, affronter son reflet avec moins de peur.

Au cœur de tout demeure le souvenir de sa fille Hajar. Les gestes les plus simples deviennent des actes de mémoire, et les rêves inachevés prennent une dimension immense. Entourée du soutien de son mari et de sa famille, Najwa poursuit son combat avec un espoir fragile mais tenace : quitter Gaza pour recevoir des soins adaptés et reconstruire, même partiellement, la vie qui lui a été arrachée.

Source : Safa News