Le matin de l’Aïd al-Fitr, les enfants de Gaza sortaient autrefois vêtus de leurs habits neufs, attendant avec impatience les petites sommes d’argent offertes par leurs proches. Cette année, ce rituel a profondément changé. Dans de nombreux foyers, les billets ont été remplacés par de modestes présents — un bonbon, un biscuit ou un jouet à bas prix — alors que la liquidité a presque totalement disparu sous l’effet de la guerre et de l’effondrement économique.
Les parents tentent désormais d’improviser pour préserver un semblant de fête malgré des contraintes extrêmes. À Gaza-ville, Bashir Ayad raconte qu’il distribuait autrefois de petites sommes à ses enfants, leur laissant le choix de leurs plaisirs. Aujourd’hui, faute d’argent liquide, il leur offre un simple morceau de chocolat, un geste symbolique qui traduit à la fois la pénurie et la volonté de maintenir les traditions. Dans les camps de déplacés, certaines familles préparent des sachets de friandises à la place de l’argent, afin que les enfants puissent malgré tout ressentir l’esprit de l’Aïd.
Du côté des enfants, les attentes ont évolué en silence. Yousef, neuf ans, se souvient des Aïds passés à collecter de l’argent auprès de sa famille avant de sortir avec ses amis. Désormais, cette routine a laissé place à la promesse d’un seul jouet. Sa petite sœur, elle, ne réclame même plus d’argent, se contentant de demander du chocolat. Ce qui était autrefois un moment d’autonomie financière pour les plus jeunes est devenu une quête de simples instants de joie.
Derrière ces transformations se cache une crise de liquidités sans précédent. Depuis 2023, le système financier de Gaza s’est effondré sous l’effet de la guerre : agences bancaires détruites ou fermées, retraits limités, distributeurs hors service. Les habitants disposent parfois d’argent sur leurs comptes, sans pouvoir y accéder. Les billets en circulation, rares et usés jusqu’à l’extrême, sont examinés avec méfiance par les commerçants, tandis que des marchés informels proposent même de réparer les coupures abîmées.
Au-delà de la dimension économique, c’est toute la vie quotidienne qui se trouve bouleversée. La capacité à acheter, se déplacer ou célébrer est profondément affectée. En ce jour d’Aïd, la transformation de l’Eidiya — passée de l’argent aux friandises — illustre une réalité plus large : les traditions subsistent, mais sous des formes réduites et adaptées. Malgré tout, les familles continuent de créer des moments de joie, affirmant, à travers de petits gestes, leur attachement à la vie et à la dignité.
Source : Safa News