Ramadan à Jérusalem : prier sous restrictions

À Jérusalem, le mois de Ramadan se déroule dans des conditions sans équivalent ailleurs. L’accès à la Vieille Ville est soumis à des permis et à des checkpoints, et le rythme des prières dépend davantage des ordres d’exclusion que du calendrier lunaire. Bien avant la mi-Ramadan, de nombreux fidèles ignorent s’ils pourront accomplir leurs prières, veiller la nuit ou simplement atteindre l’esplanade d’Al-Aqsa, cœur spirituel de leur foi.

Sur une route étroite longeant la Vieille Ville, Nafisa Khweis rompt son jeûne à quelques mètres d’Al-Aqsa, sans pouvoir en franchir les portes. Visée par un ordre d’expulsion, elle revient chaque jour aux abords du sanctuaire, non par habitude, mais pour affirmer sa présence. Son éloignement forcé n’a pas affaibli son attachement ; il a transformé l’iftar en un geste silencieux de résistance, une manière de dire que la distance ne saurait effacer l’appartenance.

À Jérusalem, des observateurs juridiques estiment que ces mesures s’inscrivent dans une stratégie de longue date qui s’intensifie à l’approche du Ramadan. Des figures locales influentes et de jeunes fidèles sont convoqués, avertis ou temporairement interdits d’accès à l’esplanade, réduisant l’espace de la vie religieuse collective. Des pratiques anciennes comme l’i‘tikaf ont été restreintes ou limitées à de courtes périodes, sans base juridique claire, suscitant des inquiétudes quant à la liberté de circulation et de culte durant un mois qui en est pourtant l’expression la plus forte.

Des chercheurs suivant l’évolution de la situation dans la ville préviennent que ce Ramadan pourrait être l’un des plus tendus de ces dernières années. De récentes nominations sécuritaires laissent présager un durcissement, tandis que la concomitance du mois de jeûne avec des dates religieuses juives risque d’accroître la pression autour de la mosquée. Pour de nombreux habitants, la crainte est que les restrictions d’accès s’aggravent encore, altérant profondément le visage du Ramadan à Jérusalem, dans un contexte plus large de guerre génocidaire qui pèse déjà lourdement sur la vie quotidienne.

Source : Safa News