À seulement 26 ans, Jehad Jarbou porte déjà le poids d’une vie marquée par le déplacement et la perte. Née à Al-Zawaida, elle a été contrainte de fuir vers Khan Younès puis Rafah au rythme des offensives qui ont ravagé Gaza. Quelques mois avant l’escalade de la guerre génocidaire, la jeune artiste avait pourtant été distinguée à Bethléem, recevant le prix Imagine Freedom pour son travail photographique. En novembre 2023, un bombardement a bouleversé son existence : son père et son frère aîné ont été tués, laissant la famille survivante au milieu des décombres. « Je suis sortie couverte de poussière grise avec ma mère et mon petit frère », confie-t-elle. « J’ai tout perdu dans la guerre, même mes outils artistiques et mes tableaux. »
Privée de ses pinceaux et de son appareil photo, Jehad Jarbou s’est tournée vers la poésie. Ses mots sont devenus un refuge et un acte de résistance, transformant le deuil et la survie en témoignage. Ses vers traversent la mort, la pénurie, l’exil intérieur et ces rares instants où la mer apparaît comme une promesse lointaine. À travers l’écriture, elle érige une mémoire vivante de Gaza, capturant la dignité et la résilience d’un peuple au cœur d’un paysage urbain dévasté.
La solidarité internationale a joué un rôle déterminant dans la diffusion de sa voix. Grâce aux liens tissés à distance, elle a rencontré Ana Mattioli Aramburu, anthropologue basée à Barcelone et engagée de longue date auprès d’artistes palestiniens. Avec le collectif Fana, installé à Ramallah, cette dernière a contribué à la publication des poèmes de Jehad et à l’organisation d’expositions à Berlin, Paris, Londres et Barcelone, sous le titre Gaza I Will Write Our Will Above the Clouds. Ce projet incarne ces réseaux de soutien qui permettent aux voix créatives de Gaza de franchir les frontières, affirmant que, malgré le déplacement et la destruction, l’art palestinien continue de parler au monde.
Source : Safa News