À l’ouest de Naplouse, la violence des colons s’installe dans la routine

Dans les villages situés à l’ouest de Naplouse, la violence liée à l’expansion des colonies s’est installée dans un rythme méthodique, exercée au grand jour et dans une impunité apparente. À Deir Sharaf, les habitants décrivent des incursions répétées contre des maisons, des terres agricoles et des commerces, qui ne relèvent plus d’actes isolés mais d’un schéma durable façonnant le quotidien sous le signe de la peur et de l’incertitude, dans le contexte d’une guerre génocidaire. Les images qui circulent parfois, expliquent-ils, ne montrent qu’une infime partie de ce qui se déroule loin des caméras.

Des commerçants locaux racontent que leurs biens sont pris pour cible de manière récurrente, souvent après une observation minutieuse de leurs habitudes quotidiennes. Les attaques sont décrites comme soudaines, coordonnées et précisément synchronisées, survenant au moment où les travailleurs quittent les lieux et où les portails sont brièvement ouverts. Des véhicules ont été incendiés, du matériel détruit et des ouvriers blessés, tandis que les plaintes déposées n’aboutissent à rien, systématiquement enregistrées contre des « individus inconnus », malgré une surveillance omniprésente dans la zone. Pour les habitants, ce contraste entre contrôle permanent et absence totale de responsabilité est devenu emblématique de la réalité actuelle.

Au-delà des agressions individuelles, les villageois dénoncent une stratégie plus large visant à transformer l’environnement. Des agriculteurs expliquent être chassés des plaines fertiles par l’intimidation, les restrictions d’accès et la violence répétée, pendant que de nouveaux avant-postes apparaissent et s’étendent. Des oliveraies sont arrachées, des pistes tracées à travers les champs et des voies d’accès coupées, isolant des communautés de terres qui les faisaient vivre depuis des générations. Même les services d’urgence, affirment-ils, sont volontairement retardés lorsque des checkpoints sont fermés après les attaques, accentuant le sentiment de punition collective.

Des responsables communautaires estiment que ces actes ne sont pas isolés, mais constituent des étapes coordonnées visant à relier les colonies en un seul bloc. Ce qui se faisait autrefois dans l’ombre se déroule désormais en plein jour, renforçant la conviction que ces pratiques bénéficient d’une tolérance officielle, voire d’une protection directe. Pour les habitants de Deir Sharaf, le message est clair : rester et subir la pression, ou partir. Dans une guerre génocidaire qui a banalisé la dépossession, l’enjeu ne se limite plus à la terre, mais à la possibilité même d’y demeurer.

Source : Safa News