Gaza : le récit d’un survivant devenu témoin puis victime de la guerre

Le 26 mai 2025, les mots publiés par Mohammed Abou Warda sur les réseaux sociaux ne relevaient pas d’un simple message d’adieu, mais d’un cri de douleur profonde. Dans la nuit de dimanche à Jabalya al-Nazla, une frappe israélienne a bouleversé sa vie en emportant plusieurs membres de sa famille : son père et pilier de famille Majdi « Abou al-Majd », sa mère « Oum al-Majd », ainsi que son frère, le journaliste Hassan « Abou Ammar », et son jeune frère Ibrahim.

En une seule nuit, le jeune homme, étudiant et ancien vice-président du conseil des étudiants de l’Université islamique de Gaza, est devenu le seul survivant de sa famille. Celui qui incarnait l’énergie et le leadership étudiant s’est transformé en témoin solitaire du deuil, porteur d’une mémoire douloureuse qu’il partageait avec le monde malgré la souffrance et la pression.

Durant l’année qui a suivi, Mohammed Abou Warda a porté le poids de cette perte, entre souvenirs de ses proches et présence constante de la guerre. Ses publications sur les réseaux sociaux traduisaient une conviction profondément ancrée, où la douleur personnelle se mêlait à une lecture politique des événements. Il évoquait notamment « Déluge d’Al-Aqsa » comme un moment de rupture historique pour Gaza, qu’il décrivait comme une tentative de changement des équilibres imposés à la région.

Quelques jours avant sa mort, il écrivait encore des messages analysant les assassinats de plusieurs figures de la résistance palestinienne, affirmant que malgré leur élimination, l’idée de la résistance demeurait vivante et enracinée. Il concluait par des mots de fermeté et de foi, considérant que ce qui est coupé finit par repousser plus fort, dans une logique de continuité et de résilience.

Le 31 mai 2026, dans la soirée, à l’ouest de la ville de Gaza, Mohammed se trouvait près du port, parmi des civils cherchant un moment de répit au milieu des décombres et du blocus. Soudain, des hélicoptères israéliens ont ouvert le feu sur la zone, provoquant explosions, destructions et scènes de panique. Plusieurs personnes ont été blessées lors de cette attaque.

Dans le chaos, Mohammed Abou Warda a été mortellement touché. Transporté d’urgence vers l’hôpital al-Chifa, il a succombé à ses blessures avant même d’y arriver. Pour lui, la mort n’a pas été une inconnue, mais la fin d’un long chemin de perte et de survie.

Son décès a provoqué une vague d’émotion sur les réseaux sociaux, où ses proches et amis ont relayé ses derniers écrits. Beaucoup ont décrit son histoire comme celle d’un survivant devenu témoin, puis victime à son tour. D’autres ont résumé ce drame en évoquant une réalité plus large : celle d’une guerre où même les derniers témoins de la tragédie palestinienne finissent par disparaître, laissant derrière eux une mémoire écrite dans le sang.

Source : Safa News