Pour de nombreuses femmes à Gaza, l’incertitude entourant le sort de leurs proches disparus est devenue une souffrance quotidienne qui dépasse les destructions causées par la guerre génocidaire menée par Israël. Des milliers de Palestiniens restent portés disparus après avoir été ensevelis sous les décombres, perdus durant les déplacements forcés ou disparus sous les bombardements incessants, laissant leurs familles prisonnières entre espoir et douleur, sans aucune réponse sur leur sort.
Derrière chaque disparu se trouve une famille confrontée à la survie quotidienne tout en supportant une profonde incertitude émotionnelle et juridique. Les épouses de disparus décrivent des vies suspendues, incapables de faire leur deuil mais également incapables d’avancer. Beaucoup affirment que l’absence de confirmation officielle les prive d’aides financières, de droits d’héritage et même d’assistance humanitaire, alors que la pauvreté et le déplacement continuent de s’aggraver dans l’enclave.
Fatima Youssef raconte que son mari a disparu durant les premiers jours de la guerre, il y a près de trois ans, sans laisser de trace. Après avoir cherché dans les hôpitaux, auprès des organisations humanitaires et dans les listes de prisonniers, elle affirme que l’absence de réponses a profondément affecté sa famille et ses enfants. Vivant aujourd’hui dans des camps de déplacés sans revenu stable, elle explique que les autorités exigent toujours des documents officiels confirmant le statut de son mari avant toute aide.
Les démarches pour obtenir un certificat de décès sont devenues une autre source d’angoisse. Fatima affirme que la famille de son mari refuse de valider la procédure, convaincue qu’il pourrait encore être vivant. Elle se retrouve ainsi enfermée dans un vide juridique, incapable de confirmer son décès ou d’obtenir les droits accordés aux veuves par la loi palestinienne.
Des juristes à Gaza expliquent que l’ampleur sans précédent des disparitions a poussé les tribunaux à adapter des procédures d’urgence. L’avocate Reval Farawna souligne que les autorités judiciaires ont réduit le délai nécessaire pour déclarer officiellement la mort d’un disparu, passant de quatre ans à six mois après le cessez-le-feu. Elle avertit toutefois que plusieurs personnes déclarées mortes sont ensuite réapparues vivantes, créant de nouvelles complications juridiques et sociales pour des familles déjà traumatisées.
Les mêmes craintes hantent Shorouq Abdel Karim, dont le mari a disparu près du corridor de Netzarim, dans le centre de Gaza. Elle raconte avoir cherché dans les hôpitaux et contacté d’anciens prisonniers libérés dans l’espoir d’obtenir des informations, sans succès. Aujourd’hui déplacée avec ses enfants, elle fait face chaque jour à des questions sans réponses, tout en luttant pour obtenir les besoins les plus élémentaires faute de documents prouvant si son mari est mort ou détenu.
