À l’approche du Ramadan, Al-Aqsa sous étau sécuritaire

À l’approche du mois de Ramadan, Jérusalem connaît un durcissement marqué des mesures de contrôle autour de la mosquée Al-Aqsa, dans ce que beaucoup perçoivent comme une tentative de remodeler l’accès à l’un des lieux les plus sacrés de l’islam. Des figures historiques de la communauté alertent sur une évolution qui dépasse largement le cadre de simples dispositifs sécuritaires, y voyant une stratégie méthodique visant à marginaliser des fidèles influents et à modifier des équilibres en place de longue date au sein de l’esplanade. L’atmosphère dans et autour de la Vieille Ville s’est alourdie, entre présence policière accrue, déploiement militaire visible et restrictions croissantes à la circulation et à la prière.

Les personnes concernées décrivent un schéma d’exclusions ciblées qui, sans bruit, réduit sensiblement la présence des fidèles réguliers. Des militants, des responsables religieux et des personnalités connues pour leur capacité à mobiliser les fidèles ont fait l’objet d’interdictions d’accès variables, certaines de plusieurs semaines, d’autres imposées collectivement sans notification formelle. Appliquées à grande échelle, ces mesures sont largement perçues comme un moyen de vider la mosquée de sa présence sociale protectrice, tout en échappant à l’attention publique et à toute contestation juridique.

Parallèlement, les voies d’accès à la Vieille Ville sont régulièrement fermées, avec des barrages et des points de contrôle limitant l’arrivée des fidèles à Al-Aqsa, notamment aux heures de grande affluence. Des observateurs relèvent une augmentation continue des incursions de groupes de colons, encadrées par une forte protection sécuritaire, un phénomène qui s’est nettement accéléré par rapport à la même période l’an dernier. Cette évolution alimente la crainte que le contexte actuel soit exploité pour imposer des changements irréversibles, à l’ombre de la guerre génocidaire qui ravage la région.

Les voix de la communauté soulignent que l’enjeu ne se limite pas à l’acte de prier, mais à la présence humaine qui, par le nombre, la continuité et la visibilité, protège la mosquée. En affaiblissant le rôle des gardiens religieux et en marginalisant les instances administratives historiques, le contrôle effectif du site glisse de plus en plus vers les forces de sécurité et des groupes idéologiques cherchant à imposer leur domination. Beaucoup redoutent que le Ramadan, temps traditionnel de rassemblement et d’unité, ne soit volontairement restreint en amont afin d’empêcher toute résistance collective à ces transformations.

Malgré ces restrictions, les appels se multiplient pour maintenir une présence, même lorsque l’accès à l’esplanade est refusé. Prier dans les rues avoisinantes et rester visible à Jérusalem est perçu comme un acte de fermeté et de résistance pacifique, affirmant qu’Al-Aqsa ne peut être isolée dans le silence. Nombreux sont ceux qui rappellent que, par le passé, une présence populaire soutenue durant le Ramadan a permis de déjouer l’imposition de nouvelles réalités.

Ces développements s’inscrivent dans un contexte plus large de restrictions sévères de circulation entre la Cisjordanie et Jérusalem depuis le début de la guerre génocidaire contre Gaza. Pour les Palestiniens, Jérusalem demeure le cœur de leur vie politique et spirituelle, un statut qu’ils continuent d’affirmer malgré les revendications concurrentes et l’intensification de la pression sur le terrain.

Source : Safa News