À l’arrivée du mois sacré de Ramadan en Cisjordanie occupée, le rythme quotidien du jeûne et de la prière est violemment perturbé par un maillage de barrières militaires qui morcelle la vie palestinienne. Les 916 obstacles permanents — checkpoints, portes de fer et monticules de terre — transforment l’iftar, moment sacré de rupture du jeûne, en une épreuve d’incertitude. Pour d’innombrables familles, l’appel à la prière se perd dans l’attente écrasante aux points de passage, où des soldats imposeraient des retards délibérés et des provocations à l’heure du coucher du soleil. La joie de se rassembler laisse place à des heures passées dans des véhicules immobilisés, sous le regard d’hommes armés, parfois témoins de scènes où des soldats mangent et boivent devant des jeûneurs.
Les témoignages de celles et ceux pris au piège de ce système décrivent une cruauté calculée. Un fonctionnaire de Nablus raconte qu’un checkpoint a été brusquement fermé, sans explication, juste avant l’iftar, tandis que des soldats consommaient nourriture et cigarettes sous les yeux des fidèles bloqués. Un étudiant universitaire se souvient d’avoir été extrait d’un taxi collectif par une soirée froide et pluvieuse, les mains entravées, alors que des soldats lui proposaient ironiquement de la nourriture en sachant qu’il jeûnait. Loin d’être des faits isolés, ces scènes s’inscrivent dans une longue pratique de restrictions de mouvement utilisées pour infliger une pression psychologique quotidienne.
Pourtant, face à cette humiliation systématique, une solidarité remarquable s’organise. Des groupes de jeunes et des organisations scoutes ont installé des points d’iftar improvisés aux grands carrefours, distribuant dattes, eau et repas simples à celles et ceux pris dans les filets des checkpoints. Ce qui avait commencé comme une initiative pour soutenir les fidèles se rendant à la mosquée Al-Aqsa s’est mué en un réseau coordonné couvrant plusieurs points de passage autour de Nablus. Clubs locaux, associations sportives et citoyens ordinaires unissent désormais leurs efforts : des enfants tendent des bouteilles d’eau aux côtés de bénévoles aguerris. Ainsi, les lieux d’oppression se transforment, à l’heure de l’iftar, en espaces de soin collectif et de défi silencieux. Dans la durée d’un contrôle militaire prolongé, l’esprit du Ramadan continue de vivre.
Source : Safa News