Al-Aqsa : vers une nouvelle réalité imposée

Les initiatives visant à redessiner l’autorité au sein de la mosquée Al-Aqsa se sont accélérées ces dernières semaines, à travers des mesures qui dépassent largement la simple gestion des foules ou les restrictions temporaires. Des arrangements historiques régissant le site seraient progressivement vidés de leur substance par une série d’interventions limitant les activités religieuses, entravant les travaux de réparation et s’immisçant dans l’administration quotidienne. Pour de nombreux observateurs palestiniens, l’ensemble de ces démarches traduit une tentative de normaliser un nouvel ordre à l’intérieur de l’esplanade, dans un contexte marqué par une guerre génocidaire qui a profondément modifié les rapports de force sur le terrain.

Des figures religieuses de premier plan alertent sur un affaiblissement délibéré du rôle du Waqf islamique. Le cheikh Ikrima Sabri estime que l’effet cumulatif de ces mesures est d’isoler la mosquée de ses fidèles et du tissu social de Jérusalem, à travers des barrages, des interdictions et des arrestations répétées de membres du personnel, instaurant un climat d’intimidation. Selon lui, empêcher les travaux d’entretien et de restauration, traditionnellement du ressort exclusif du Waqf, révèle une volonté d’imposer une autorité de fait, en remettant en cause des arrangements reconnus depuis des décennies.

Des chercheurs suivant l’évolution de la situation sur le site décrivent un glissement d’une marginalisation progressive vers une quasi-effacement. Ziad Abuhayyis souligne que des activités religieuses et éducatives ont été bloquées dans la salle de prière d’Al-Qibli, créant des précédents autrefois impensables. Les restrictions imposées durant le Ramadan l’an dernier illustreraient, selon lui, une stratégie plus large consistant à reléguer le Waqf à un rôle symbolique, tandis que les forces de sécurité exercent le pouvoir décisif. Ces transformations redéfiniraient la notion même de souveraineté au sein de la mosquée et risqueraient d’ancrer des réalités irréversibles.

D’autres estiment que la pression s’étend désormais à la reconfiguration de la vie religieuse elle-même. Hassan Khater affirme que des divisions temporelles et spatiales sont instaurées, accompagnées de l’introduction de rituels et de symboles étrangers, diluant le caractère exclusif de la mosquée. Il avertit que le silence d’organisations régionales et internationales, telles que l’Organisation de la coopération islamique et la Ligue arabe, ne fait qu’encourager de nouvelles mesures susceptibles de provoquer des répercussions majeures à Jérusalem.

Source : Safa News