Cisjordanie : l’enregistrement foncier, nouvel outil d’annexion

Une vaste offensive administrative redessine la Cisjordanie occupée sous le langage technique de « l’enregistrement des terres ». Des ministres israéliens de premier plan portent des mesures que les critiques estiment vider de leur substance des droits de propriété établis de longue date. Le programme mobilise d’importants fonds publics pour enregistrer de vastes étendues en zone C, en imposant des exigences de preuve strictes que de nombreuses familles rurales ne sont pas en mesure de satisfaire. Lorsque les revendications échouent, les parcelles sont transférées à l’État, ouvrant la voie à des changements permanents sur le terrain et accélérant un processus de déplacement qui marque déjà le quotidien de larges portions du territoire.

L’appareil administratif mobilisé traverse plusieurs ministères et avance parallèlement à d’importants projets de construction aux abords de Jérusalem, notamment une expansion significative à Adam (Geva Binyamin). Des milliers de logements sont prévus, accompagnés de routes, de parcs et d’équipements publics, tissant de fait une nouvelle ceinture urbaine vers la ville tout en contournant la continuité géographique avec les zones palestiniennes existantes. Plus au nord, les approbations et les appels d’offres se multiplient autour de Salfit, où de nouveaux plans directeurs et des zones industrielles progressent au-delà des périmètres actuels des colonies, signalant un passage d’une croissance graduelle à une consolidation structurelle.

Au-delà de l’arrière-pays de Jérusalem, la même logique s’observe des hautes terres centrales aux collines du sud. De vastes superficies ont été reclassées en « terres d’État » autour de localités proches de Qalqilya, tandis que les travaux au sol et les restrictions d’accès se sont intensifiés dans des villages de Salfit et d’Hébron. Dans le sud, un projet de complexe industriel le long de la ligne de séparation d’Hébron ajouterait un ancrage économique à cette cartographie territoriale, soutenu par des dizaines de millions de shekels et un calendrier visant une finalisation dans l’année à venir.

Les réactions internationales ont été sans équivoque. L’Union européenne et les Nations unies ont averti que ces mesures violent le droit international et sapent les perspectives d’un règlement négocié. Des organisations israéliennes de la société civile, telles que Peace Now, estiment que le registre foncier sert de raccourci juridique vers une souveraineté de facto, transformant des dossiers administratifs en béton et en asphalte, tandis que des familles palestiniennes voient leurs terres leur échapper.

Source : Safa News