Observée chaque année le 17 avril, la Journée des prisonniers palestiniens a été instituée en 1974 par le Conseil national palestinien pour honorer les détenus et réaffirmer leur place centrale dans la lutte nationale. Cette année, la commémoration intervient dans un contexte décrit par de nombreux observateurs comme le plus grave depuis des décennies, alors que la guerre génocidaire en cours a encore aggravé une réalité carcérale déjà éprouvante.
Plus de 9 600 Palestiniens sont actuellement détenus dans les prisons israéliennes, selon des organisations de défense des prisonniers, dans des conditions jugées de plus en plus punitives et systématisées. Parmi eux figurent plus de 3 600 détenus administratifs incarcérés sans inculpation ni procès, environ 350 mineurs et 86 femmes détenues à la prison de Damon. Une catégorie élargie de « combattants illégaux » prive également de nombreux détenus de protections juridiques élémentaires. Parallèlement, près de 1 000 prisonniers souffriraient de maladies graves, dont des cancers et des pathologies cardiaques, dans un contexte dénoncé comme un abandon médical délibéré.
Le nombre de décès en détention a fortement augmenté depuis octobre 2023. Au moins 326 prisonniers sont morts en captivité depuis 1967, dont 89 depuis le début de l’escalade actuelle. Des dizaines de détenus originaires de Gaza restent portés disparus, sans information sur leur sort, tandis que les corps de près d’une centaine de prisonniers décédés ne sont toujours pas restitués à leurs familles.
Les détenus de Gaza subissent des conditions particulièrement sévères, avec des signalements de disparitions forcées à grande échelle. Beaucoup seraient détenus dans des lieux non divulgués, sans accès à des avocats ni aux visites du Comité international de la Croix-Rouge. Des témoignages issus de centres de détention, comme celui de Sde Teiman, font état de pratiques extrêmes et de traitements inhumains, échappant à tout contrôle international.
À l’intérieur des prisons, les mesures punitives se sont intensifiées depuis fin 2025 : restrictions drastiques des visites familiales, réduction des rations alimentaires et raids répétés d’unités spécialisées. Les organisations de défense des droits humains dénoncent des violations généralisées des Conventions de Genève, incluant isolement prolongé, violences physiques et pressions psychologiques, ainsi que des traitements dégradants et des violences sexuelles utilisées comme instruments de coercition.
Les évolutions législatives accentuent encore les inquiétudes. Des propositions et lois adoptées à la Knesset visent, selon leurs détracteurs, à institutionnaliser des pratiques plus sévères, notamment en ouvrant la voie à la peine capitale pour les prisonniers. Des experts juridiques alertent sur une violation directe du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, en particulier du droit à la vie et aux garanties d’un procès équitable.
La négligence médicale demeure l’un des aspects les plus critiques. Des installations comme la clinique de la prison de Ramla sont décrites comme sous-équipées, avec des témoignages faisant état de refus de soins essentiels, y compris des traitements contre le cancer, et de retards systématiques dans la prise en charge. Pour de nombreux détenus, la détérioration de leur état de santé constitue une souffrance supplémentaire dans un système déjà sévère.
À l’occasion de cette Journée des prisonniers, les organisations de défense des droits renouvellent leurs appels à une intervention internationale urgente, notamment par la Cour pénale internationale, afin d’enquêter sur de possibles crimes au sein du système de détention. Cette journée demeure à la fois un moment de mémoire et une affirmation que la cause des prisonniers reste indissociable de la quête de justice et de liberté.
Source : Safa News