Gaza : la Nakba se répète sous les tentes de l’exil

Alors que les Palestiniens s’apprêtent à commémorer vendredi le 78e anniversaire de la Nakba, de vastes zones de Gaza se sont transformées en immenses camps de fortune où des centaines de milliers de familles déplacées survivent au milieu des destructions causées par la guerre génocidaire menée par Israël contre l’enclave.

Plages, places publiques et terrains vagues sont désormais recouverts de tentes déchirées et d’abris improvisés, ravivant chez de nombreuses familles les souvenirs d’un exil qu’elles pensaient appartenir uniquement aux récits de 1948.

Plus de 1,5 million de déplacés vivent aujourd’hui dans des refuges temporaires après que des quartiers entiers ont été réduits en ruines. Avec l’effondrement massif des infrastructures résidentielles, les tentes sont devenues le seul abri possible pour des familles contraintes de fuir les bombardements répétés et des conditions de vie devenues insoutenables.

Les habitants affirment avoir perdu non seulement leurs maisons, mais aussi toute intimité, stabilité et sentiment de sécurité.

Dans la région d’al-Mawasi, à Khan Younès, Abu al-Abd Awad, père déplacé, explique que les souffrances vécues aujourd’hui dépassent même celles racontées par ses parents, survivants de la Nakba de 1948. Il souligne que, contrairement aux générations précédentes déplacées une seule fois, les familles de Gaza ont été déracinées à plusieurs reprises au cours de la guerre actuelle, passant d’une zone détruite à une autre sans jamais trouver de refuge réellement sûr.

Pour de nombreux habitants âgés, les scènes qui se déroulent aujourd’hui à Gaza représentent le retour d’une catastrophe qu’ils ont portée toute leur vie sans imaginer la revivre. Mariam Khader, déplacée de Jabalia, dans le nord de Gaza, décrit la vie dans les camps surpeuplés comme une « mort lente », marquée par les longues files pour obtenir de l’eau, la cuisson sur des feux improvisés et l’éducation des enfants sous des tentes fragiles qui ne protègent ni de la chaleur ni du froid.

Elle affirme que les jeunes générations vivent désormais les mêmes traumatismes que ceux racontés autrefois par les grands-parents expulsés de leurs villages en 1948.

L’ampleur des destructions à Gaza alimente également les craintes d’un déplacement devenu permanent. Des quartiers résidentiels entiers ont disparu, laissant les familles face à un choix impossible : rester sous des bâtiments menaçant de s’effondrer ou rejoindre des camps surpeuplés dépourvus des besoins les plus élémentaires.

De nombreux habitants estiment que le niveau de destruction dépasse tout ce qui avait été imaginé auparavant, transformant Gaza en ce que certains observateurs décrivent comme le plus grand camp de déplacés au monde.

Des spécialistes des questions des réfugiés affirment que les camps de tentes qui se multiplient aujourd’hui à Gaza rappellent les premières étapes du déracinement massif vécu lors de la Nakba. Malgré cela, de nombreuses familles déplacées insistent sur le fait que rester sur leur terre, même sous des tentes entourées de ruines, constitue une forme de résistance face aux tentatives de les expulser définitivement.

Pour beaucoup de Palestiniens, reconstruire leurs maisons détruites et préserver leur lien avec leur terre est devenu le nouveau chapitre d’un combat qui dure depuis plusieurs générations.

Source : Safa News