Dans un territoire où des quartiers entiers ont été réduits en poussière, la petite paroisse catholique de la Sainte Famille s’est transformée à la fois en refuge et en ligne de front. Depuis plus de deux ans, le père Gabriel Romanelli a choisi de rester aux côtés de ceux qui n’ont plus nulle part où aller, affirmant que sa présence relève moins de l’humanitaire que d’une mission spirituelle. L’église accueille des personnes âgées, des blessés et des familles déplacées, dont le quotidien se mesure désormais non plus en jours, mais entre deux explosions.
Au cœur d’une guerre génocidaire qui a bouleversé toute certitude, le prêtre ne parle pas en observateur, mais en témoin direct. Malgré la pénurie croissante de nourriture et de médicaments, la paroisse continue de distribuer ce qu’elle peut. Autour d’elle, la vie ordinaire a disparu, remplacée par l’angoisse, le deuil et une menace constante. En dépit des ordres d’évacuation et des frappes répétées dans les environs, ceux qui s’y trouvent ont choisi de rester, convaincus que partir reviendrait à abandonner les plus vulnérables.
L’église elle-même n’a pas été épargnée. En juillet 2025, elle a été touchée lors d’opérations militaires, causant la mort de civils venus s’y réfugier et blessant plusieurs personnes, dont le prêtre. Pourtant, malgré ce drame, elle continue de fonctionner comme l’un des derniers lieux offrant un semblant de protection et de continuité. Environ 450 déplacés y vivent encore, dépendant de la paroisse pour l’accès à l’eau, à la nourriture et à des soins de base.
Parmi eux, des enfants grandissent dans cet environnement de destruction permanente. Une fillette, épuisée par des années de peur et d’exil, a confié préférer mourir plutôt que de continuer à vivre dans ces conditions, révélant l’ampleur du traumatisme subi par les plus jeunes. Pour le père Romanelli, ces paroles ne sont pas abstraites, mais font partie de son quotidien. Il décrit son rôle non comme une solution, mais comme une présence : rester, accompagner et témoigner tant que d’autres ne peuvent partir.
Dans ce contexte, la foi ne se présente pas comme un simple réconfort, mais comme une forme de résistance. L’affirmation du prêtre d’être « là pour le Christ » traduit moins une croyance qu’une fonction : demeurer là où les structures se sont effondrées, où la protection a disparu et où la survie elle-même est devenue incertaine.
Source : Safa News